Climat des affaires : Le Maroc, leader régional selon la Banque Mondiale, analyse des forces et des défis à venir

Le Maroc confirme son statut de leader économique régional en se classant 2ème en Afrique et dans le Monde arabe dans le nouveau rapport « Business Ready » de la Banque Mondiale. Avec un score de 63,44/100, le Royaume surpasse les moyennes mondiales grâce à des réformes structurelles majeures, notamment la nouvelle Charte de l’Investissement. Analyse des points forts réglementaires et des défis persistants en matière d’efficacité opérationnelle.

Rapport « Business Ready » : Le Maroc conforte sa position de leader régional

Le verdict de la Banque Mondiale est tombé et confirme une tendance de fond : le Maroc consolide son attractivité économique. Dans la deuxième édition de son rapport « Business Ready » (B-Ready), qui succède au célèbre « Doing Business », l’institution de Bretton Woods positionne le Royaume à la deuxième place en Afrique et dans le Monde arabe. Avec un score agrégé de 63,44 sur 100, le Maroc enregistre une progression notable par rapport à la première édition (62,41 points), creusant l’écart avec les moyennes mondiales (60,11), africaines (50,87) et arabes (58,31). Cette performance n’est pas anecdotique ; elle reflète la perception des investisseurs et des experts internationaux quant à la qualité de l’environnement des affaires

Cette nouvelle évaluation, plus large et plus exigeante, couvre désormais 101 économies, dont 60% disposent d’un revenu par habitant supérieur à celui du Maroc. Se maintenir et progresser dans un tel classement témoigne d’une résilience et d’une dynamique de réformes continues. Le score marocain, bien qu’encore distant de la meilleure performance mondiale enregistrée par la Corée du Sud (78,24 points), signale une trajectoire positive et une volonté politique affirmée de s’imposer comme une plateforme d’investissement de premier plan.

Décryptage de la performance : Les piliers réglementaires et administratifs comme moteurs

Pour comprendre la substance de ce classement, il est impératif d’analyser la méthodologie du rapport B-Ready. L’évaluation repose sur dix thématiques couvrant le cycle de vie d’une entreprise et s’articule autour de trois piliers fondamentaux : le cadre réglementaire (la qualité des lois), la qualité des services publics (l’efficacité de leur mise en œuvre) et l’efficacité opérationnelle (l’expérience vécue par les entreprises

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le pilier du cadre réglementaire atteint 70,06 points et celui de la qualité des services publics 64,55 points. Cinq thématiques se distinguent particulièrement, avec des scores bien au-dessus de la moyenne : les services d’utilité publique (80,05), le commerce international (74,5), la création d’entreprise

L’impact tangible des réformes : De la Charte de l’Investissement à la simplification administrative

La performance du Maroc dans le rapport B-Ready n’est pas le fruit du hasard, mais l’aboutissement d’une stratégie délibérée. Au cœur de ce dispositif se trouve la loi-cadre 03-22 formant la nouvelle Charte de l’Investissement. Ce texte fondamental ne se contente pas d’instaurer des dispositifs de soutien ; il intègre des mesures transverses visant à améliorer structurellement le climat des affaires

En parallèle, l’accélération de la mise en œuvre de la loi n° 55-19 relative à la simplification des procédures et formalités administratives a joué un rôle crucial. La publication de ses décrets d’application a permis de mieux encadrer les délais de délivrance des autorisations et actes administratifs, un irritant majeur pour les porteurs de projets

L’efficacité opérationnelle : Le talon d’Achille à surveiller de près

Si le tableau est globalement positif, l’analyse fine du rapport révèle un point de vigilance majeur : le troisième pilier, celui de l’efficacité opérationnelle. Le score du Maroc sur cet indicateur a reculé, passant de 59,66 à 55,7 points. Cette contre-performance doit cependant être nuancée. Les auteurs du rapport l’expliquent par deux facteurs méthodologiques : d’une part, l’élargissement de l’échantillon de pays comparés, introduisant une concurrence plus rude ; d’autre part, l’utilisation des mêmes données de l’enquête « Enterprise Survey » de 2023 que pour la première édition. La baisse est donc relative et ne signifie pas une dégradation absolue de la situation sur le terrain.

Néanmoins, ce score met en lumière le décalage persistant entre la qualité des textes de loi (le *de jure*) et leur application concrète et l’expérience vécue par les entrepreneurs (le *de facto*). Des défis subsistent en matière de délais de paiement, d’accès au financement pour les PME, de fluidité des circuits logistiques ou encore de règlement des litiges commerciaux. C’est sur ce front que les efforts devront se concentrer pour que les réformes du cadre réglementaire se traduisent pleinement en gains de compétitivité

Concurrence et règlement des litiges : Des progrès notables

Le rapport de la Banque Mondiale souligne également des avancées significatives dans des domaines essentiels à la confiance des investisseurs. Les progrès relevés en matière de concurrence et de règlement des litiges sont particulièrement stratégiques. Une saine concurrence, encadrée par un Conseil de la Concurrence actif et des règles claires, est un gage de transparence et d’efficience des marchés. De même, la perception d’un système judiciaire capable de trancher les différends commerciaux de manière rapide, impartiale et prévisible est une condition sine qua non pour attirer les capitaux, notamment étrangers.

Ces améliorations contribuent à renforcer la sécurité juridique et à réduire les risques perçus par les opérateurs économiques. Elles s’inscrivent dans une démarche plus globale de modernisation de la justice des affaires, incluant la digitalisation des procédures et la promotion des modes alternatifs de règlement des conflits comme l’arbitrage et la médiation. La consolidation de ces aspects est indispensable pour pérenniser l’attractivité du Maroc.

Perspectives 2026 : Maintenir le cap pour transformer les classements en croissance

Le positionnement favorable du Maroc dans le rapport « Business Ready » est une reconnaissance internationale des efforts consentis. Cependant, ce classement ne constitue pas une fin en soi, mais un jalon. L’enjeu pour le Royaume est désormais de capitaliser sur ce momentum pour transformer ces acquis réglementaires en une croissance économique inclusive et durable. La pleine mise en œuvre de la Charte de l’Investissement et le déploiement de l’ensemble des réformes de simplification

Le principal défi résidera dans la réduction de l’écart entre le cadre normatif et la réalité opérationnelle des entreprises. Cela passera par une mobilisation continue de l’administration, une lutte accrue contre les lourdeurs bureaucratiques et un dialogue constant avec le secteur privé. Le Maroc a prouvé sa capacité à réformer son cadre légal ; il doit maintenant démontrer sa capacité à le traduire en une efficacité économique et une prospérité partagée sur l’ensemble du territoire.

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