Climat des affaires : Le Maroc brille dans le rapport ‘Business Ready’, mais des défis opérationnels demeurent

Le Maroc confirme sa position de leader régional en matière de climat des affaires selon le dernier rapport ‘Business Ready’ de la Banque Mondiale. Avec un score en hausse et une deuxième place en Afrique et dans le monde arabe, le Royaume récolte les fruits de ses réformes réglementaires. Analyse des points forts, des faiblesses persistantes et des implications pour l’écosystème entrepreneurial.
Rapport « Business Ready » : Une consécration de la trajectoire marocaine
Le Maroc consolide sa position de leader régional en matière d’attractivité économique. La deuxième édition du rapport « Business Ready » de la Banque Mondiale, publiée ce 29 décembre 2025, vient confirmer une tendance de fond, fruit de réformes structurelles engagées depuis plus d’une décennie. Avec un score agrégé de 63,44 sur 100, en progression par rapport à l’édition précédente (62,41), le Royaume se hisse à la deuxième place en Afrique et dans le Monde arabe. Cette performance est d’autant plus notable qu’elle surpasse significativement la moyenne mondiale (60,11), africaine (50,87) et arabe (58,31). Ce classement n’est pas anecdotique ; il constitue un signal fort pour les investisseurs internationaux et valide les orientations stratégiques nationales, notamment celles issues de la Stratégie de développement du climat des affaires (SDCA) initiée en 2011.
L’analyse de ce score révèle la maturité de l’écosystème juridique et administratif marocain. La progression, bien que mesurée en points, est significative dans un contexte international où la compétition pour attirer les capitaux est de plus en plus féroce et où l’échantillon d’économies analysées a été doublé, passant de 50 à 101 pays. Le positionnement du Maroc, juste derrière les économies les plus performantes et devant des nations à revenus supérieurs, témoigne de la pertinence des chantiers de modernisation de l’administration et de simplification des procédures. Il s’agit d’une reconnaissance de la capacité du Maroc à construire un cadre propice à l’investissement, un prérequis indispensable à la croissance du secteur privé et à la création de valeur.
Radioscopie d’une méthodologie exigeante : les trois piliers du « Business Ready »
Pour appréhender la portée de ce classement, il est impératif de décrypter la méthodologie du rapport « Business Ready », qui succède au controversé « Doing Business ». L’évaluation repose désormais sur une approche plus holistique, articulée autour de trois piliers complémentaires qui scrutent le cycle de vie de l’entreprise. Le premier pilier, le « cadre réglementaire », évalue la qualité et l’efficience de la législation en vigueur (Code de Commerce, droit fiscal, droit du travail…). Le deuxième, la « qualité des services publics », mesure la performance des administrations dans l’application de ces réglementations, de l’immatriculation d’une société
Cette structure tripartite permet une analyse fine qui va au-delà de la simple conformité juridique. Elle met en lumière non seulement la lettre de la loi, mais aussi son esprit et son application au quotidien. Le Maroc a enregistré une progression notable sur les deux premiers piliers, obtenant respectivement les scores de 70,06 points pour le cadre réglementaire et 64,55 points pour la qualité des services publics. Ces résultats témoignent de l’impact positif des réformes législatives, de la digitalisation des services (DGI, CNSS, Douane) et de la refonte du rôle des Centres Régionaux d’Investissement (CRI)
Les points forts du Maroc : une réglementation et des services publics plébiscités
L’analyse détaillée du rapport met en exergue plusieurs domaines d’excellence pour le Maroc. Le score particulièrement élevé dans la thématique des « services d’utilité publique » (80,05) reflète les investissements massifs dans les infrastructures (eau, électricité, télécoms) et la clarification de leur cadre réglementaire. Le « commerce international » (74,5) bénéficie de la modernisation des plateformes portuaires comme Tanger Med et de la digitalisation des procédures douanières via le système BADR. De même, la « création d’entreprise
Ces performances sont le résultat direct de chantiers législatifs et réglementaires ciblés. La nouvelle Charte de l’Investissement (Loi-cadre n° 03-22) a instauré des dispositifs de soutien plus clairs et plus incitatifs, renforçant la sécurité juridique pour les porteurs de projets. La réforme des CRI en 2019 a transformé ces entités en véritables catalyseurs, réduisant drastiquement les délais de création d’entreprises. Enfin, dans le domaine des « services financiers » (68,24), la maturité du secteur bancaire et les efforts de Bank Al-Maghrib en matière de régulation et d’inclusion financière contribuent à ce bon positionnement.
L’Efficacité Opérationnelle : un talon d’Achille à relativiser
En dépit de ce tableau globalement positif, une ombre subsiste : le score du troisième pilier, l' »efficacité opérationnelle », qui enregistre une contre-performance en passant de 59,66 à 55,7 points. La Banque Mondiale explique en partie ce recul par des facteurs méthodologiques : l’élargissement de l’échantillon à 101 pays, incluant de nombreuses économies très performantes, a mécaniquement relevé le niveau d’exigence. De plus, les données utilisées proviennent de l’enquête « Enterprise Survey » de 2023, la même que pour l’édition précédente, ce qui ne permet pas de capturer les améliorations les plus récentes sur le terrain.
Néanmoins, il serait réducteur de balayer ce chiffre d’un revers de main. Il met en lumière le décalage parfois persistant entre l’excellence du cadre réglementaire et la réalité opérationnelle vécue par les entreprises. Les lenteurs judiciaires, les difficultés d’accès au financement pour les PME, ou encore certaines lourdeurs administratives résiduelles peuvent peser sur la perception des opérateurs économiques. Ce score doit donc être interprété comme une boussole, indiquant les domaines où l’implémentation des réformes doit être accélérée et où les efforts doivent se concentrer pour que les avancées législatives se traduisent en gains de productivité tangibles pour chaque entreprise.
Au-delà des classements, les chantiers structurels persistants
Le rapport « Business Ready » agit comme un baromètre, mais l’amélioration du climat des affaires est un marathon, non un sprint. Les bons scores dans la création d’entreprise ou le commerce extérieur ne doivent pas occulter les défis structurels qui restent à relever, tels qu’énoncés dans la Stratégie de développement du climat des affaires. L’adéquation du capital humain avec les besoins du marché, la promotion effective de la concurrence, la simplification de la fiscalité et le renforcement de la gouvernance d’entreprise sont des chantiers de longue haleine.
La résolution des litiges commerciaux, bien qu’en progrès selon le rapport, reste une préoccupation majeure. La fluidité du parcours judiciaire, de la première instance à l’exécution des décisions, est un facteur clé de confiance pour les investisseurs. De même, la lutte contre la corruption et la promotion de la transparence, bien que des efforts soient consentis, demandent une vigilance constante et une application rigoureuse des cadres légaux existants. La performance future du Maroc dans ces classements dépendra de sa capacité à transformer ses acquis réglementaires en un environnement opérationnel où la prévisibilité, l’équité et l’efficacité sont la norme.
Cap sur l’attractivité durable : vers une nouvelle génération de réformes
Le classement favorable du Maroc dans le rapport « Business Ready » n’est pas une fin en soi, mais une étape encourageante qui invite à redoubler d’efforts. Le défi majeur pour le Royaume est désormais de consolider ses acquis et de traduire ses avancées réglementaires en une amélioration palpable de l’efficacité opérationnelle. Cela passe par l’accélération de la digitalisation de l’ensemble des services publics, la poursuite de la réforme de la justice pour garantir des délais de traitement des affaires commerciales plus courts et une meilleure exécution des jugements, et enfin, par un dialogue public-privé continu pour identifier et lever les irritants bureaucratiques qui subsistent.
L’enjeu est de taille : il s’agit de passer d’un climat des affaires « conforme » à un climat des affaires « compétitif », capable non seulement d’attirer les investissements directs étrangers mais aussi et surtout de libérer le plein potentiel des entreprises marocaines
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